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Accueil > Tout savoir > Pollinisateurs et biodiversité > Produire plus avec moins de pesticides

Peut-on produire plus avec moins de pesticides et d’engrais ?

Le Centre d’études biologiques de Chizé, a fait une restitution annuelle Samedi 18 juin 2016, sur les expérimentations conduites sur une grande zone agricole des Deux-Sèvres.

Moins de pesticides mais plus de rendement

Quatre-vingt agriculteurs - des éleveurs, des apiculteurs, ou encore des céréaliers - ont fait le déplacement pour découvrir le résultat surprenant présenté cette année par Vincent Bretagnolle (CNRS) : le rendement économique des céréaliers peut être augmenté de 200 euros par hectare de blé tout en diminuant de moitié la quantité d’herbicides et d’engrais azotés répandus, et ce, sans les remplacer par quoi que ce soit. L’expérience a été réalisée avec le concours des agriculteurs, le plus souvent sans contrepartie financière, sur la zone atelier Plaine et Val de Sèvre, une plaine céréalière d’environ 450 kilomètres carrés recouvrant plus de 400 exploitation agricoles et 15 000 parcelles. Son idée de départ était simple. Dans un champ de blé, l’agriculteur a recours deux outils principaux : les herbicides et l’azote. Il met de l’azote pour avoir plus de blé et des herbicides pour avoir moins d’adventices (ou mauvaises herbes). Mais lorsqu’il met de l’azote, les adventices l’utilisent aussi.
« Notre idée a donc été de chercher à étudier la compétition qu’il pouvait y avoir entre le blé et les adventices. », ajoute Vincent Bretagnolle
Zone atelier Plaine et Val de Sèvre
Une première étude, datant 2007, a été conduite sur un échantillon de 150 parcelles réparties sur 30 exploitations de la zone atelier, allant des plus gros utilisateurs d’herbicides et d’azote aux agriculteurs bio purs et durs. D’après cette première analyse corrélative, la réduction des herbicides n’aurait pas de gros impact sur les récoltes.
Les chercheurs ont ensuite demandé aux agriculteurs de couper leurs parcelles en huit sous-parcelles, chacune avec différents paramètres concernant la présence ou l’absence de culture, la quantité d’azote et d’herbicides employée...
Là encore,les résultats paraissent indiquer qu’une réduction couplée d’azote et d’herbicides n’entraîne aucune baisse de rendement tout en permettant des gains économiques importants. En effet, ces herbicides feraient baisser la diversité des mauvaises herbes, en détruisant principalement les espèces rares, et non pas les adventices les plus communs, qui sont les vrais fléaux des récoltes. Mais alors, pourquoi aucune autre étude n’est-elle arrivée au même résultat ?
« De tels essais, grandeur nature, n’avaient auparavant jamais été menés en plein champ, explique le chercheur. En station, dans des conditions ultra-contrôlées, sur des micro-parcelles, les instituts techniques trouvent des résultats totalement opposé.Mais ces conditions ne sont jamais remplies en plein champ, en conditions réelles. C’est tout l’intérêt de travailler comme nous le faisons, à l’échelle du paysage, en tenant compte de toutes les diversités, des comportements des agriculteurs comme des différences environnementales. »

L’impact direct de la destruction des mauvaises herbes sur l’écosystème

Cet état de fait est d’autant plus dommageable que la destruction des mauvaises herbes a un impact direct sur l’écosystème.
« Entre la floraison du colza et celle du tournesol, les abeilles et les pollinisateurs en général sont confrontés à une forme de disette, raconte Clovis Toullet, chercheur associé au dispositif Ecobee, mis en place par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Au cours de cette période, ce sont précisément les plantes que l’on nomment adventices qui permettent de nourrir les abeilles. »
Des études réalisées sur les cinquante ruches du dispositif placées au hasard dans la zone atelier a permis d’établir que c’est le coquelicot, considéré comme « mauvaise herbe », qui fournit durant certaines périodes de l’année jusqu’à 60 % de la nourriture des ruches. Principalement le pollen, riche en acides aminés indispensables pour les abeilles. Les détruire affaiblit donc autant les colonies d’abeilles que les pollinisateurs sauvages, nécessaires à la fécondation des colza et des tournesols : de leur nombre et de leur vitalité dépendent les niveaux de rendement de ces cultures.

En très grand nombre, les pollinisateurs impactent directement la production de graines oléagineuses

Les chercheurs du CEBC ont découvert que l’augmentation du nombre de pollinisateurs peut augmenter les rendements du tournesol de 20%. De même, multiplier par dix l’abondance de pollinisateurs peut faire grimper le rendement du colza jusqu’à 34%.
Certaines grandes cultures tirent également parti de la pollinisation, notamment les prairies (pour qui la diversité florale est importante) et les parcelles d’agriculture biologique. Expérimentation CNRS Chizé
Toutefois, d’après les travaux menés sur la zone atelier, la diversité florale d’une parcelle dépend certes du mode d’agriculture pratiqué dans la parcelle, mais aussi des techniques culturales dans les parcelles adjacentes.
« Typiquement, on trouve en moyenne une diversité d’espèces florales deux fois supérieure sur les parcelles conduites en agriculture biologique, par rapport à ce que l’on trouve dans celles conduites en conventionnel, explique Sabrina Gaba, chercheuse au Laboratoire agroécologie de l’INRA de Dijon. Nous avons également montré que la diversité est accrue dans les paysages riches (parcelles conduites en agriculture biologique) et que ce sont essentiellement les espèces rares qui sont le plus concernées, espèces n’ayant pas de nuisance vis à vis des productions agricoles. »
Les chercheurs ont donc émis l’hypothèse que l’agriculture biologique, loin d’avoir un impact négatif sur leur entourage comme le veut l’idée dominante (dissémination de mauvaises herbes, foyer à vermines ...), aurait au contraire « un effet bénéfique sur les autres parcelles en servant de refuge à des pollinisateurs ou à des organismes auxiliaires, par exemple susceptibles de faire du biocontrôle (prédation des ravageurs des cultures) ». Cette théorie doit cependant encore être testée, ce qui nécessitera de bien connaître les pratiques des agriculteurs de la zone en matière d’utilisation d’intrants.

La rémanence des pesticides

Heureusement, tout l’historique des 15 000 parcelles de la zone atelier a été enregistré depuis la création de la zone atelier il y a 22 ans de cela. Cela permet non seulement de suivre sur le long terme l’impact environnemental ou agronomique de la rotation des cultures, mais aussi d’évaluer la rémanence de certains pesticides.
Sur ce point, les chercheurs du CEBC ont mené en 2013 et 2014 une expérience sur du colza traité au thiaméthoxame, dans le but de contrôler les quantités de substances retrouvées dans le pollen et le nectar des plantes traitées.
« Nous avons eu la surprise de découvrir également de l’imidaclopride, un autre néonicotinoïde auparavant utilisé sur le blé, témoigne Fabrice Allier, ingénieur à l’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation. Parfois, on voit que du blé Gaucho (nom commercial du blé dont les semences ont été enrobées d’imidaclopride) a été planté il y a plusieurs années, mais que des résidus d’imidaclopride persistent dans le nectar et le pollen du colza planté aujourd’hui sur les mêmes parcelles. »
La surprise est d’autant plus grande que les taux d’imidaclopride retrouvés dans ces plantes mellifères particulièrement attractives pour les abeilles, dépassent parfois les taux de thiaméthoxame avec laquelle elles ont été traitées au moment du semis.

Plus les connaissances progressent et plus les néonicotinoïdes apparaissent comme un facteur majeur de la perte de biodiversité

Bien que les mécanismes de rémanence, de remobilisation et de transport de ces substances soient peu connus, les néonicotinoïdes sont soupçonnés de produire des effets délétères de très grande ampleur sur la biodiversité. Des dégâts importants et de plus en plus rapides ont en effet été constatés dans la zone atelier. Pour Vincent Bretagnolle, l’utilisation des « néonicotinoïdes » pourrait être la cause de cette accélération.
« Les derniers chiffres qui ont été publiés et qui montrent une augmentation récente de leur utilisation d’environ 30 % correspondent bien à ce que l’on voit dans la zone atelier. Depuis 2012-2013, on assiste à un effondrement massif des insectes. Les populations de carabes, un petit scarabée qui est ici l’espèce la plus commune et qui remplit d’importantes fonctions écosystémiques, ont chuté de 90 % en vingt ans. Cette tendance, on peut l’observer sur un grand nombre de taxons comme, l’alouette des champs, ou le campagnol, pour lesquels on est sur un rythme comparable d’effondrement ». Ce ne sont pourtant pas des insectes ! Toutes la chaîne alimentaire et impacté, et c’est très inquiétant.

Plus d’infos sur le site de la zone atelier Plaine et Val de Sèvre